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 Dispersion – Arnaud

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Ira Abisheva
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MessageSujet: Dispersion – Arnaud   27.02.18 17:16



DISPERSION
« I believe when life gives you lemons, you should make lemonade... and try to find someone whose life has given them vodka,
and have a party. »

@Arnaud de Hallewin ☩ Ira Abisheva

Pour la cinquième fois au moins, je relis le message. Il est assez bref, mais je perçois dans entre les quelques mots affichés sur l’écran le ton enjoué de mon correspondant. Ou peut-être que je me contente de l’imaginer, en puisant dans les souvenirs de nos quelques interactions passées. Mais ce n’est pas ce qui me ramène inlassablement vers la petite bulle bleue et fait battre mon cœur un peu plus vite. C’est l’adresse. L’adresse de cette fête à laquelle je suis invitée. À la Cour. En son centre le plus intime, même. Bien entendu, j’ai jamais mis les pieds là bas. N’entre pas au palais royal qui veut, et de toute façon ça ne me serait jamais venu à l’esprit. C’est pourquoi ma première réaction a été d’en rire. Moi, au Louvre ? Absurde ! Désopilant ! J’aimais bien Arnaud, mais il avait clairement mal jugé la personne à qui il avait affaire. Et pourtant… Je n’ai pas refusé tout de suite. J’ai pas répondu, en fait.

Et au cours des heures suivantes, l’idée s’est insidieusement frayée un chemin sous mon crâne. J’y revenais inlassablement. Ce serait quand même sacrément gonflé… Le genre d’exploit totalement irresponsable que ne je peux pas refuser. Rien que d’imaginer cette bande de culs serrés de la grande aristocratie française en train d’offrir à boire à une révolutionnaire, dans leur propre fief… Un renard dans leur poulailler… C’est complètement irrésistible. Pour la forme, je passe quand même quelques heures supplémentaires à tenter de me convaincre de l’extrême stupidité d’une telle démarche. Dangereux et très déraisonnable. Si je me faisais pincer, je risquerais de mettre en péril toute l’Assemblée, ce serait désastreux. Mais à la fois… Il n’y a vraiment pas de raison. Je suis encore trop insignifiante pour avoir attiré les soupçons de qui que ce soit.

L’hypothèse la plus probable est que personne ne m’accordera la moindre attention, et qu’à l’exception de ma petite satisfaction personnelle d’avoir infiltré le temps d’une soirée le cœur du pouvoir, je vais juste me faire royalement chier. Parce qu’il me semble évident que ces types là ne savent pas faire la fête. Ils doivent passer ce genre de soirées à boire du champagne dans des coupes en cristal, se bâfrer de macarons au caviar et discuter de courses hippiques ou autre sujet chiant à mourir.

Sauf Arnaud.

Lui, il a eu le bon goût d’apprendre à s’encanailler, et c’est bien pour ça que j’aime l’entraîner dans mes nuits, et inversement. Bon, pour être honnête, ce n’est pas la seule raison. L’autre, c’est son nom de famille. Les aristocrates qui vont se pervertir dans les bas fonds de Parys, en réalité, ils se ramassent à la pelle. Mais peut-être pas des aussi importants que lui. Au point que la première fois que je l’ai rencontré, je ne l’ai même pas reconnu tout de suite. On voit pourtant sa gueule partout. À la télé, sur les réseaux… Mais sans tout le… cérémoniel des images officielles, sans sa fratrie à ses côtés… Il avait l’air différent. Plus frêle et plus... plébéien. Certes, il détonnait quand même un peu dans la faune habituelle de ce bar, mais j’ai bien mis quelques minutes à le replacer. Et je l’aurais certainement jamais abordé si j’avais pas été aussi ivre. Une chance que j’aie pas laissé filtrer trop de conneries ce soir-là, quand j’y pense.

Mais il s’est avéré être plus sympa que je ne l’aurais imaginé. De loin, même. Divertissant comme savent l’être les gens désespérés. C’était un truc qui lui collait un peu à la peau ça. Cette énergie de la perdition. Comme si cette nuit-là était la dernière, mais toutes les précédentes aussi, et les suivantes également. Peut-être que le pouvoir lui pèse un peu trop, allez savoir. Vivre dans un palais et barboter dans la richesse à longueur de journée, ça doit être franchement épuisant, le pauvre. J’avoue que je me suis jamais vraiment intéressée à ce qui le ronge. Moi, je suis là pour le débaucher. Plus qu’il ne l’est déjà, je veux dire. Pour le tirer dans les abysses. Parce que ça me plaît, déjà, d’avoir quelqu’un avec moi. Et bien sûr, parce que je tire une petite satisfaction malsaine à jouer ce rôle auprès d’un membre éminent du Triumvirat.

Celui-là, j’en ai pas encore parlé à l’Assemblée. Pour l’instant, je le garde pour moi. Parce que je sais qu’à la seconde où je leur annoncerai que j’ai eu l’occasion d’approcher ce type, il ne m’appartiendra plus. Ils me demanderont de le présenter à quelqu’un — un révolutionnaire plus important, plus expérimenté dans les jeux de cour et de manipulation — et ce sera terminé. Je m’amuse trop pour être déjà prête à sacrifier ça. Même si je sais que ça viendra. Inévitablement. En attendant, ma décision est prise. Ce soir, j’irai. En dépit, ou par amour du danger.


À l’heure dite, ou plutôt avec les deux heures de retard de courtoisie, je me présente au palais. J’ai hésité à céder à la provocation de venir en jean. Mais j’aurais risqué de me faire refouler à l’entrée, et c’était quand même pas le but. Alors j’ai sorti le truc le plus chic et sobre que j’avais dans mon armoire, la robe que j’avais portée à ma remise de diplôme, quelques années plus tôt. Noir, moulant, velours, longueur appropriée pour la cour, ou presque. Quand j’ai fini par confirmer, Arnaud m’a envoyé l’invitation officielle par email. Je la présente à l’un des gardes à l’entrée, qui me jette à peine un regard en scannant le code sur mon téléphone avant de me laisser passer. Ben finalement, j’aurais pu tenter le jean.

À l’intérieur, je manque de me perdre. Sur l’invitation, y a juste un nom de pièce. Le salon bleu, ou un truc dans le genre. Tellement un truc de nantis, ça aussi… Mais je finis par repérer ce qui ressemble à un couple de convives, et les suis sagement jusqu’à leur destination, au lieu de partir en exploration comme j’en aurais surtout envie. En entrant dans le « salon », qui tient plus du gymnase si on se réfère à ses proportions, la musique et les couleurs m’assaillent.

C’est comme je l’imaginais, et pire.

Mais mieux aussi.

Les gens n’ont pas l’air de faire semblant de s’amuser, et ne se contentent pas siroter leur champagne à l’or avec modération. Clairement, certaines substances ont dû aussi circuler entre leurs doigts délicats. Je cherche Arnaud du regard et le trouve sans mal, avec sa gueule de chérubin paumé. Je prends une inspiration et me faufile jusqu’à lui, attrapant un verre au passage avant de lui taper sur l’épaule.

« Hey ! Comme promis, je suis venue sauver la fête… »

Un grand sourire, entre arrogance et dérision.

« Bon, tu me présentes ton univers ? »

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IRA
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Arnaud de Hallewin
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MessageSujet: Re: Dispersion – Arnaud   18.03.18 23:38



trustfully and gracefully I'm lost at sea
shallow waters don't appear a threat to me
we should row together to an island I know
rearrange the riddle and reset the core
reset the core

lick my wounds - the do

Il y a des débauches qui sont aveugles, dans lesquelles on se jette à corps perdu sans chercher à connaître les tenants et les aboutissants, en sachant pertinemment qu'on risque de s'y perdre et de pourquoi pas y laisser sa vie. Des débauches sombres et frénétiques qui intéressent ceux qui sont assez désespérés pour se laisser aller à l'obscurité totale. Ces débauches-là, Arnaud les connait pertinemment, il s'y perd au moins trois soirs par semaine et est toujours un peu surpris d'en sortir sur ses deux jambes, tous les organes encore en fonction. Toujours un peu surpris d'en sortir vivant, en somme. Et parfois déçu, quand il retourne au Louvre et se confronte à la réalité de la cour en pleine gueule de bois de l'enfer, la cour et ses dorures par milliards, ses couleurs chatoyantes et son attitude perpétuellement polie. Il n'y a aucune échappatoire quand le corps est rompu d'une nuit d'encanaillement et que l'esprit est incapable de s'enfuir ailleurs, face à l'univers royal. Il reste ce qu'il est quoi qu'il arrive, son artificiel et son clinquant ne se meuvent jamais, et la sensation d'enfermement en retour de soirées obscures de perdition est toujours exacerbée pour le pire. Le retour au monde quand on sort vivant de ces soirées là donne toujours le goût de la mort. Et alors, on recommence le soir même. Et on ressort vivant. Et le cercle vicieux se met en place plus vite qu'on ne l'imagine.
Mais il est des débauches où soudainement ça ressemble plus à de la clarté qu'à de l'immondice. Ces débauches où l'on n'est plus totalement entouré d'anonymes qui sont les simples outils de notre oubli qu'on utilise pour jeter et oublier ensuite. Ces débauches où l'on trouve un visage récurrent, quelqu'un avec qui l'on se connecte miraculeusement, malgré ou grâce à l'alcool. Quelqu'un avec qui on se trouve l'envie de se revoir pour continuer la débauche ensembles. La débauche lumineuse. Les gens qui ont envie de fabriquer des catégories un peu partout pour se rassurer avec des cases tracées à la règle appelant ces quelqu'uns des amis. En Ira, Arnaud avait trouvé cette débauche lumineuse, cette débauche sincèrement rigolarde où l'on ne fait plus que se détruire la tête : on partage, aussi. On trouve une vraie connexion, en somme, et peu importe de quelle nature. Et c'était, c'est un plaisir de s'être trouvé une compagne de beuverie, quelqu'un avec qui repeindre la ville en rouge, quelqu'un qui a des envies et des initiatives qu'il peut décider de suivre, lui ouvrant de nouveaux horizons de n'importe quoi. Comprenez bien : il ne s'agit pas d'amour, mais quand Arnaud rentre à la cour après une nuit avec Ira, il a enfin des souvenirs qui lui peuplent la tête et l'empêchent de voir les barreaux de sa prison. Une réelle échappatoire qui tient plus qu'une nuit.

Donc oui, Arnaud a décidé en tout état de conscience d'inviter la jeune femme à une soirée au Louvre. Le genre de soirée où lui même ne se rend qu'une fois de temps en temps par devoir, qui l'emmerde à l'infini mais qu'il se doit d'honorer. Il n'était même pas ivre quand il a envoyé le texto, surtout pas ivre, il s'est imaginé la gamine en jean déambuler dans le Boudoir Opale défrisant les moustaches de tous les hommes de la haute. Il s'est imaginé pouvoir enfin profiter d'une de ses soirées. D'amener la personne qui lui permet un peu de s'évader mentalement de la cour dans la cour même, comme pour voir si ça allait créer un paradoxe spatio-temporel. Il se demande, d'ailleurs, si elle va vraiment oser se pointer en jean. L'espère presque, puis se dit que ça les empêcherait probablement de faire les petits lutins espiègles de manière imperceptible aux gros yeux lourdeaux des mondains. De faire n'importe quoi incognito. Oui, il a vraiment pensé "petits lutins espiègles". Il sait très bien qu'à la cour ils ne pourront jamais ramener les gros sabots d'alcooliques débauchés qu'ils trimballent dehors, et s'imagine donc une alternative plus fine et d'autant plus amusante. C'est souvent dans la contrainte qu'on trouve la liberté la plus jouissive.
Pour lui, s'habiller, c'est devenu plus un réflexe qu'un plaisir ou une réflexion. Enfin, je dis réflexe : c'est plutôt un truc qu'il subit, étant donné qu'on lui a imposé un valet et qu'il aurait été bien trop cavalier de l'envoyer paître. Il est donc toujours revêtu du meilleur goût et suivant parfaitement l'étiquette. Inutile de préciser qu'il a l'impression d'être un gamin de trois ans dont on choisi les fringues et qu'on lui met sur le dos sans accepter de résistance en permanence. Il faut quand même le dire : il a passé la journée dans l'appréhension de ne pas recevoir de réponse de sa compagne de débauche. Il a accepté l'invitation à la soirée en partant du principe qu'elle serait là, et se mord les doigts d'avance à l'idée de passer une soirée pince cul tout seul comme un con à devoir se cacher dans un coin sombre pour boire un maximum de champagne, seule solution pour subir les bavardages sans fin de ses pairs sans moufter. Il s'est remis à respirer deux heures avant l'échéance, en recevant l'acceptation de la jeune femme. Descendu à l'heure dite, il a donc passé deux heures supplémentaire à oublier le fonctionnement de l'oxygène en ne la voyant pas débarquer. Quand on a été élevé à la cour, une acceptation à une invitation signifie qu'on vient pour sur, il n'y a pas de "oui oui je viendrai" puis finalement je ne me pointe jamais. Il ne se serait donc jamais imaginé qu'elle fasse un truc pareil. Et plus le temps passe, plus il commence à y croire. Il boit donc tout ce qu'il peut, évitant la sociabilité, faisant des courbettes évasives en profitant de son statut supérieur pour se cacher derrière des airs mystérieux et des sourires froids coupant court à tout début de conversation.

Il prend sa tape sur l'épaule comme un massage cardiaque qui le ramène permis les vivants. Le soulagement est tellement intense qu'il étale un air grotesque sur son visage. La petite sorcière en robe noire se transforme en messie l'espace de quelques secondes. Ira je te jure j'ai cru que t'allais pas venir j'ai failli sortir dans les rues pour te trouver et te tuer. Ou engager un type pour faire ça. Ou trouver un coin sombre pour me tuer moi-même. Malgré tous ses efforts il n'a pas encore trouvé le moyen d'être ivre. Le malheur de l'alcoolique c'est que plus il boit, plus il est résistant à l'alcool. La soirée s'était donc tranquillement mise à ressembler au purgatoire. Mon univers hahaha oui mon univers alors viens dans mon univers poupée. Il enfile cavalièrement son bras au bras de la jeune femme et l'entraine dans une marche légèrement pavanée. Son sport préféré à la cour : parodier les gens de la cour. Alors voilà ça c'est madame Machin je ne sais plus trop ce qu'elle fait mais elle est importante. Là bas c'est Tomas le chef des chefs le manitou le clébard de la Reine quoi. Là on a aussi un joli spécimen en la présence de monsieur mon frère, ne l'approche pas il est chiant à mourir en soirée, je ne comprends pas à quel endroit on est de la même famille. Enfin de manière générale je te conseillerai de n'approcher personne tout le monde est chiant mais avec un certain second degré certains sont carrément marrants à écouter parler. A leurs dépends, bien évidemment. Ils avancent sans qu'Arnaud ne cherche vraiment à chuchoter. Ca fait partie de l'étiquette, de poliment ne pas écouter ce que disent les supérieurs à leurs proches en soirée. Il tend négligemment sa flûte vers le verre d'Ira et les entrechoque pour tchiner, renversant un peu des deux liquides qui vont se répandre en se mélangeant sur le précieux parquet d'ébène. Tu as pris un verre, c'est bien mais, petite débutante, mieux vaut en avoir deux à la fois dans ce genre d'endroits. Il fait le malin, Arnaud, il joue à l'esbroufe puisque c'est exactement ce que la cour attend de lui. Mais ce qui l'intéresse vraiment, c'est d'attendre de voir comment Ira va réagir à ce monde, l'appréhender, et ce qu'elle va lui proposer ensuite. Oh oui, il est avide de ce qu'elle va lui proposer ensuite.

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Ira Abisheva
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MessageSujet: Re: Dispersion – Arnaud   03.04.18 5:03



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@Arnaud de Hallewin ☩ Ira Abisheva

Un sourire goguenard se répand comme une tâche de café sur mon visage. C’est de voir celui d’Arnaud, le soulagement de grand noyé qu’il expose avec tant de spontanéité et ses mots hachés menus. Ça me fait rire parce que c’est toujours flatteur, d’une part, d’être accueillie ainsi et de se sentir attendue, mais aussi parce que c’est dingue de voir à quel point ce mec est perdu dans son propre environnement.

C’est l’une des figures les plus emblématiques de la Cour, mais on dirait qu’il a été catapulté là d’une autre planète. Un alien perdu en terrain hostile. Il porte ses fringues comme un costume, une fausse peau qui bâille un peu aux entournures, et c’est à se demander pourquoi personne ne l’a encore démasqué. Ils doivent bien le voir, ses proches, qu’il n’a rien à foutre ici…

C’est la première fois que je le découvre dans ce qui est censé être son élément, et ça me saute aux yeux. Mais peut-être que les autres sont juste habitués. Il me ferait presque de la peine. Par chance, je suis pas femme à me laisser apitoyer par la déchéance de l’aristocratie. Je me laisse entraîner de bon cœur, tapotant d’un air de rombière hilare son bras crocheté au mien.

« Ce que j’aime avec toi Arnaud c’est que tu tombes jamais dans l’excès. »

En plus de son déguisement de parfait petit baronnet, ou quel que soit le titre qui vient avec sa particule, je remarque une modification de sa démarche. Il avance le torse un peu bombé, le cou en arrière et les genoux hauts, à la manière d’un grand échassier. Je vois bien qu’il le fait exprès, évidemment, mais en observant nos alentours, sa source d’inspiration m’apparaît dans toute sa splendeur empennée.

Lui emboîtant le pas, je choisis pour ma part le froufrou dandinant de la poule, ponctué de petits mouvements de gorge d’une discrétion toute discutable. Ce faisant, je prête une attention fascinée à la description qui m’est offerte, savourant du regard les personnages qui composent sa fresque. Chaque présentation engendre un commentaire que je lui livre à voix basse.

Madame Machin. « J’aime ses bijoux. » Une parure clinquante du plus mauvais goût. Tomas le manitou. « J’aime ses… bouclettes ? » Je fais la maline, mais je réprime un frisson désagréable. Le marquis, en chair et en os, à trois mètres de nous… Je sais bien que la moitié du royaume fantasme sur lui comme sur un chanteur de variété, mais ça me rappelle surtout que je suis en train de frayer chez l’ennemi. Et j’ai la sale impression, quoique irrationnelle, d’avoir le mot Révolutionnaire gravé sur le front en lettres rouges. Non sans un certain soulagement, nous enchaînons sur nul autre qu’Hallewin frère, sa gueule aux arêtes saillantes absorbée par l’écran de son portable. Je grince quelques notes inconvenantes. « Oh, Étienne, Étienne, Étienne... »

Dans la bouche d’Arnaud, tous ces suppôts de la Reine semblent inoffensifs, simples pièces décoratives sur ce grand échiquier. Et j’imagine que c’est le cas, de son point de vue. Qu’il les considère ainsi, avec ce même détachement ennuyé qui infuse sa voix, à les côtoyer tous les jours. À faire lui-même partie du problème. Moi ça me colle la chair de poule, mais quelque chose de délicieusement subversif. J’avais peut-être sous-estimé l’effet que ça me ferait, de me retrouver là. Une frayeur grisante qui appelle à l’imprudence.

Et en parlant d’ivresse, mon vicomte des moissons de Bacchus m’explique par le menu les règles de survie en situation critique. Je trinque à son conseil, parcourant la salle du regard en quête de ravitaillement. L’avantage ici, c’est qu’ils viennent à vous. Pas de cohue autour du bar, de jeux de coudes et de regards, de domination vocale, de signaux désespérés pour attirer l’attention du barman. Non, à peine ai-je montré le début de l’ombre d’une volonté de m’humidifier la glotte, qu’un serveur en livrée se rue sur nous, toutes coupes en avant. C’en est presque flippant. Il a un sixième sens, il lit dans les pensées ? Je saisis deux flûtes — j’ai retenu la leçon — et en tend une à mon comparse tout en jaugeant l’autre d’un œil soupçonneux. Rictus laqué de miel en réponse. Cet endroit me fait virer parano.

Arnaud est là, heureusement, avec son bras autour du mien et ce truc si particulier qu’il porte sur lui, une sorte de candeur déliquescente à la fois tendre et obscène. Une poétique du pourrissement. Une partie de moi craint qu’elle ne me rattrape et me gangrène aussi, le reste sait que la pestilence est déjà installée depuis longtemps. Que de nos décompositions associées naissent des fleurs. Mauvaises herbes, corolles sauvages, rien de bien subtil. Mais c’est frais, c’est neuf, à mille lieues des exhalaisons cariées de la brassée qui nous entoure. Je comprends un peu qu’il suffoque, ici. Un verre entre mes doigts, l’autre contre mes lèvres, je souris encore.

« Cap ou pas cap. »

Nos regards se croisent, je m’y repose un instant. Vicieuse, vicieuse expression. Boire du champagne, même par bouquets de flûtes, c’est sympa deux minutes… Mais j’ai pas mis le nez dans ce vivier de murènes pour me contenter de ça. Arnaud se moque, Arnaud singe et contrefait, gonflé d’une supériorité snobinarde que je ne renie pas une seconde, mais je veux voir jusqu’où il est prêt à aller. Et quand il y sera, quand il se balancera sur la pointe des pieds, le pousser dans l’abîme et m’y jeter avec.

« Action ou action, si tu préfères. Si tu te défiles, tu perds. Si tu perds… Je m’en vais. »

Ce que j’aime avec ces jeux, c’est qu’ils ont tendance à dégénérer. Une escalade — ou dégringolade, selon le point de vue — de l’absurde, du risque, de l’ostentatoire, de l’inconscience.

« Si c’est moi qui perds, et y a aucune chance que ça se produise, eh ben… Je sais pas, à toi de trouver le meilleur châtiment. Mais réfléchis vite, parce que c’est toi qui commence… »

L’alcool crépite sur ma langue et mon palais, je déglutis avec résolution.

« Alors… Cap ou pas cap… De chourer le collier de Madame Machin. Sans qu’elle s’en rende compte, évidemment. Ou pas tout de suite au moins. »

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Dispersion – Arnaud
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