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 Alice - a sheep among wolves

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MessageSujet: Alice - a sheep among wolves   08.11.17 16:48


Alice Delaunay

ft. Alina Kovalenko


❂ Nom : Delaunay
❂ Prénom : Alice, ou comme sa rune le proclame à présent, Sàbhail.
❂ Age : 25 ans au moment de sa mort. Depuis, c'est un petit bébé narakhe qui fait ses premiers pas sur Chtonya
❂ Date, lieu de naissance : 20 mai 1992 à Parys
❂ Race : Narakhe
❂ Statut civil : Eternel amour de Tomas de Batz, et peut-être un peu plus. Sauf qu'il ne sait pas qu'elle est devenue éternelle, ce qui a certes quelques inconvénients.
❂ Statut financier : Aisé, grâce à ses droits d'auteur sauvegardés par ses parents, mais surtout la fortune de son adorable vampire - il n'a pas touché à ce qu'il avait mis sur son compte, depuis sa mort.
❂ Orientation : Pansexuelle. Devenir narakhe de la Luxure fait cet effet.
❂ Occupation : Auteure, lutin démoniaque en mal d'activité, experte en négociation distique et en contrats retors, chose lubrique de Tomas et autres saines occupations.
❂ Traits de caractère : Loyale. Sensible. Passionnée. Rêveuse. Lunatique. Versatile. Plus impulsive que jamais. Têtue. Joueuse. Possessive. Gracieuse. Déterminée. Pragmatique.

❂ Allégeance : Alice n'a jamais été du genre monarchiste convaincue. Depuis sa mort, c'est moins vrai que jamais. Les luttes de pouvoir, elle s'en moque royalement - n'en déplaise à la Reine - sauf si elle peut tirer son épingle du jeu et grignoter une âme ou deux. Elle a gardé sa loyauté envers Tomas et son amie d'enfance Lyséa, mais aussi Louis de Sanez, Nora, et autres membres du personnel. Un relent d'humanité qui a conservé son affection profonde et sincère pour eux. Lélio, c'est le cas particulier. parce que si la demoiselle a toujours envie de le côtoyer, est persuadée que son amour pour lui n'est pas mort... Elle a aussi revu sans cesse tous ces signes qui lui criaient qu'il ne la supportait plus. Lélio n'est pas restée pour elle, pas même un peu, seulement pour Tomas. Elle, elle était un charmant bonus jusqu'au moment où il n'a pas pu continuer. Elle ne lui en veut pas, est toujours prête à le protéger... Cependant, elle sera sans doute plus prudente avec ce cambion là. Mais ceci mis à part, la petite narakhe ne fera allégeance qu'à elle-même.


❂ Capacités : Alice a gardé un certain goût pour l'écriture de son passé mortel. Ceci étant, elle a depuis gagné capacités plus utiles. Comme tout narakhe, elle régénère de toutes blessures à l'exception de celles infligées par des armes distiques ou aëliques. Elle est également plus forte - beaucoup plus que sa carrure laisse présager - et manipulatrice des bases de la magie distique (quoi qu'elle y est plutôt nulle, à vrai dire... On n'apprend pas ça en si peu de temps). En tant que narakhe du cercle de la luxure, elle dispose d'un charme accru sur ceux qu'elle croise, une aura qui les pousse à vouloir lui plaire, à dire oui à chacune des demandes susurrées entre ses lèvres délicates. Lorsque le sexe devient impliqué, ce charme est renforcé, encore et encore. Ça n'a rien d'une obsession, d'intolérable, juste un pouvoir pernicieux qui s'installe sans même que vous vous en rendiez compte... Bien évidemment, au vu de la nouveauté relative de sa nature, elle ne maîtrise pas parfaitement la chose, même si elle ne le déclenche plus par erreur - une victoire qui évite des situations gênantes. Nombreux sont ceux qui pourront y résister à l'heure actuelle, raison pour laquelle notre adorable démone s'emploie à amasser quelques âmes pour accroître ses talents. A noter que Sàbhail a pour l'instant demander à la démoniste qui l'a invoquée sur Chtonya de dissimuler sa nature à l'aide d'une rune, afin de pouvoir jouer un peu en toute sérénité.

❂ Description physique : Nouvelle vie, enfin, existence, nouveau corps. Alice est toujours aussi rousse, avec des traits qui promettent une innocence depuis longtemps fanée. La mâchoire bien dessinée, les yeux très légèrement en amandes et de couleur sombre, qui se teintent d'or lorsqu'elle use de sa nature distique et qui pétillent de malice, elle ressemble à un adorable petit lutin. Un peu moins courte sur pattes qu'auparavant puisqu'elle atteint péniblement le mètre soixante dix, elle a un corps fin et des formes harmonieuses. Ses cheveux longs qu'elle entretient amoureusement font sa fierté et en ont déjà piégé quelques-uns.


Princesse déchue

A peine de mes sens je recouvrais l'usage,
Je me tournais pour voir encore ce passage
D'où personne jamais n'est revenu vivant.
— Dante, L'Enfer

Jusqu’à l’aube de mes seize ans, j’avais eu une vie des plus ordinaires. J’avais grandi avec des parents ni plus ni moins attentionnés que d’autres, j’avais été à l’école, j’avais joué et ri avec des camarades de mon âge, j’avais usé mes genoux et les paumes de mes mains dans des aventures dont le théâtre n’était que mon esprit. 
Vraiment très ordinaire. La seule chose notable que l’on pouvait m’attribuer alors, c’était l’amour des mots que je cultivais depuis que j’avais appris à discerner des lettres sur le papier, d’abord comme visiteuse des univers fantastiques que d’autres inventaient pour moi, puis, très vite, créatrice de rêves aux milles couleurs, couchés sur des pages et des pages de carnets qui n’appartenaient qu’à moi. 
Mes parents disaient que je tenais cela de ma grand-mère, laquelle n’en était pas peu fière lorsque je m’en ouvrais à elle, mais soutenait que je m’étais créée cette passion seule. C’était sans doute vrai. Je m’étais forgée une clé toute personnelle pour m’évader à loisir de ma terne réalité. 
Comme tant d’insatisfaits, de doux rêveurs, d’artistes, je voulais plus. Et comme j’allais être servie. 

Je rencontrais Tomas de Batz pour la première fois le 18 juin 2008. Quoi que dire cela soit très cliché, le jour où ma vie avait basculé du tout au tout était gravé dans ma mémoire. Je venais de fêter mes quinze ans, et, surtout, je venais de perdre celle qui comprenait mieux que tout autre ma passion pour les mots, d’enterrer la seule grand-mère que j’avais connue. Une petite semaine après les obsèques, en allant fleurir sa tombe, au tout début de la nuit, j’y avais croisé quelqu’un qui s’y recueillait déjà. Séduisant, des yeux gris qui avaient happé toute la concentration adolescente dont j’étais capable, et quelque chose d’indéfinissable qui m’avait empêchée de détourner le regard. 
Même maintenant, je pourrais écrire des lignes et des lignes sur cette rencontre et ce que j’avais ressenti, qui m’avait alors semblé tellement ridicule. Cette certitude inouïe que ma vie allait changer grâce à lui. Je ne voudrais pas tomber dans l’excès dramatique, et je m’abstiendrais donc. Que ces mots restent de ceux que l’on chérit dans l’intimité de son esprit. 

Je ne savais rien de lui, mais lui savait pertinemment qui j’étais, puisqu’il l’avait appris des lèvres même de ma grand-mère. J’avais fait preuve d’une audace que je ne me connaissais guère, à l’époque. J’avais questionné cet inconnu dont je n’avais jamais entendu parler, et les réponses qu’il m’avait données m’avaient semblé incomplètes. Lorsque j’étais retournée chez moi, toutes mes pensées étaient tournées vers lui, emplies d’une vibrante curiosité. 
Je me demande parfois pourquoi il m’avait revue. J’imagine qu’il l’a fait car quelque chose en moi avait capté son attention, je me dépeins des visions dans lesquelles il m’avoue qu’il n’avait plus voulu que moi pour l’accompagner dans sa tâche. Puis je me réveille de ces rêveries stupides, et je me souviens qu’il s’était d’abord intéressée à la petite-fille d’une amie car elle s’avérait être dotée d’une plume agréable – et d’un cerveau malléable, ajoutais-je dans mes moments de déprime. 

Etrangement, je n’avais pas voulu croire le Marquis quand il m’avait soutenu qu’il ne faisait qu’un avec le personnage de ma grand-mère. La rêveuse invétérée avait fait appel à son côté rationnel. Mais il y a des évidences qui ne trompent pas, et, le soir même, après l’avoir agoni d’injures pour s’être moqué de moi pendant des jours, j’avais réalisé. Que, peut-être, la porte de ce monde imaginaire s’était ouverte pour moi. Je m’étais sentie privilégiée, spéciale. 

Le 26 juin, lorsque je retournais comme chaque jour depuis une semaine sur la tombe de ma grand-mère, il n’y avait pourtant personne. J’attendais dans la tiédeur d’un soir d’été, j’attendais encore et encore la venue de Tomas, la venue de mon vampire. Pourtant c’était bel et bien moi, qui, la veille au soir, lui avait hurlé de ne plus jamais me parler. Après avoir touché du doigt tout ce à quoi je pensais aspirer, je ne pouvais imaginer qu’on me prive de cela. Je ne pouvais imaginer qu’il ne vienne pas. Et pourtant. 
Que fis-je alors ? Eh bien, ce que toute adolescente qui se respecte faisait dans ce genre de situations où ses attentes étaient cruellement contrariées. Je me réfugiais dans un silence rageur, je tournais en rond dans ma chambre, boudais jusqu’à ces livres qui ne m’avaient jamais trahies, refusant d’admettre ce qui me tourmentait devant mes parents démunis. Je n’avais jamais été une ado pénible, et ils ne comprenaient guère mes soudaines sautes d’humeur. 
J’aurais presque pu me persuader d’avoir rêvé, au bout de quelques semaines. Et puis, un jour de visite au cimetière, je le vis de nouveau. Et je prononçais précipitamment les trois mots qui scelleraient mon destin. 
« Ne partez pas. » 

C’est ainsi que très naturellement, je devins l’auteure que Tomas avait choisie pour écrire son histoire, à des fins politiques. Le vampire m’apprit que bientôt, tout un chacun serait au courant de ce qu’il en était des créatures surnaturelles. Et que je participerais à cela, moi, petite humaine de rien du tout. J’avais ma part dans quelque chose de grand. J’étais si enthousiaste, si flattée, si naïve. 
Mes parents furent ravis de mon épanouissement nouveau. J’étais de retour, l’enfant charmante et souriante, leur inquiétude n’avait plus lieu d’être, et j’avais rencontré quelqu’un, puisque je m’absentais souvent en début de soirée… Si ce n’est quelques détails. 

Ce jour où j’étais rentrée avec la lèvre fendue, un œil au beurre noir et les larmes aux yeux. Celui où ils avaient dû venir me chercher à l’hôpital après plusieurs jours de convalescence suite à une agression de plus. Et tous ceux où j’étais revenue tremblante de peur, incapable de décrocher un mot, sauvée in extremis par le Marquis. Je commençais enfin à saisir ce qu’il en était, et je me renfermais de plus en plus, consciente de mettre mes parents en danger, terrorisée par les ombres de la nuit, n’osant sortir qu’à grand peine, malgré la présence vigilante de Tomas à mes côtés à chaque instant… Les alliances fleurirent pour me réduire au silence, faire de moi un exemple.
Et puis il y eut la fois de trop, je suppose, trop pour la culpabilité du vampire à mon égard, trop pour qu’il puisse continuer à me mettre constamment dans cette situation. 

Tomas ne voulut pas me transformer, bien que je ne comprenne pas pourquoi à l’époque. Alors il me proposa autre chose. Il m’offrit une place à ses côtés, l’échange de sang qui ferait de moi sa marquée, toujours humaine mais plus résistante. Idiote que j’étais, j’acceptais sans me demander ce que je deviendrais. Sans réfléchir à ce que cela impliquait pour mon futur, pour ma famille, pour qui que ce soit, moi y compris. 
Les critiques furent nombreuses, autant à mon égard qu’à celui du vampire si respecté qui se choisissait une marquée indigne de lui, une servante humaine si terriblement faible. Jamais l’on n’eût imaginé pareille disgrâce pour le Marquis mais il encaissa les remarques sans s’en offusquer, et je m’appliquais à faire de même, tenue à l’écart de ma famille par mon maître vampire, puisque j’étais toujours une cible. 
Le doute s’installa. Avec cette première vague de réactions, je me demandais enfin ce que j’avais fait. Pourquoi je l’avais fait. 

Puis vite, trop vite, vint le réveillon de 2009. La Biographe du Vampire était sortie et avait été un succès. Voilà que Tomas Augustin Charles de Batz et sa plume se retrouvaient côte à côte sur un plateau télévisé. J’avais été habillée et maquillée comme une poupée par une armée de petites mains. Je me souviens encore que je me demandais si cet accoutrement parvenait à dissimuler mon extrême nervosité. Je me tenais, toute raide, aux côtés de celui qui avait bouleversé ma vie, prête à débiter des mots appris par cœur. Le doute qui m’étreignait alors que je m’apprêtais à devenir bien malgré moi une figure publique. La chaleur qui m’avait saisie quand Tomas m’avait adressé un rassurant sourire. De ce que j’avais pu dire lorsque mon tour était venu, je n’avais nul souvenir. Rien que des impressions, des émotions pourtant évanescentes par nature. 
Voilà tout ce que fut pour moi la Révélation. 

Par la suite, mes parents comprirent mieux pourquoi leur enfant était devenue si différente. Je ne pouvais cependant pas revenir à leurs côtés, pour leur bien et le mien. La découverte de créatures surnaturelles avait secoué Parys, faisait trembler ses habitants, enflammait les passions et déchaînait les foules. Mon visage était connu de tous, apprécié de moins. J’avais une raisonnable quantité de fans – preuve en était tous les courriers que j’avais reçus – et une déraisonnable quantité d’ennemis. Tomas m’interdit purement et simplement de mettre le nez dehors sans permission et seule. Blessa ma fierté lorsqu’il me serina sur ma faiblesse, chevillée au corps jusqu’à ce que vienne ma fin. 
Le poison de l’incertitude commença à parasiter notre relation. Notre étonnante complicité, décalée lorsque l’on considérait nos différences, commença à s’étioler dans ces instants de doute, de danger. Lorsque le Marquis se fit distant, préoccupé par le sort d’une autre, à présent que l’humaine que j’étais avait servi son but.
Sans doute ne pensait-il pas cela. Cependant, une part au moins de moi le vivait ainsi. 

Les jours passaient. Je m’étiolais. Oiseau en cage condamné à la réclusion à perpétuité, jeune populaire cloîtrée dans une solitude extrême, je n’avais qu’une vie de recluse. Pire que tout, j’avais mis des mots sur ce que je ressentais pour Tomas, l’admirable et désirable Marquis. L’amour, sentiment qui réchauffait mon cœur quand je posais mes yeux sur lui. 
N’était-ce pas charmant ? 
Si seulement l’objet de ma dévotion avait su m’offrir quelque chose en retour, autre chose que la tendresse vaguement distante qu’un frère peut avoir pour sa sœur.




24 octobre 2016

J’ai sous les yeux un Parys morose, couvert d’un ciel empli de nuages chagrins, trop silencieux. Et cela est au moins en partie le fait de Tomas, Tomas qui s’est allié à Konstantinov et sa clique en dépit de toute logique, Tomas qui a cautionné cette Révolution pour le bien de sa Reine qu’il favorisait en toute chose. 
Entendons-nous bien : je ne nourris aucun ressentiment envers lui ou sa loyauté, qui fait partie de ce qui me plait tant chez lui, pas plus que je n’en veux à Sa Majesté. Néanmoins, la pensée de ma ville noyée dans le sang ne m’est pas agréable. Je ne suis pas faite pour tout ça, je ne l’ai jamais été. 
Parfois, je me dis que la route d’un certain vampire n’aurait jamais dû croiser la mienne. Ce sentiment dure une poignée de secondes dans la petite éternité que j’ai l’impression de vivre puis s’évanouit dans le vent sans que je ne me souvienne seulement de son existence. 

Un soupir, happé par le silence. C’est plutôt ma route qui n’aurait pas dû croiser celle de Tomas de Batz. Exceptionnel là où je suis des plus ordinaires, charismatique quand je n’ai pour moi que ma plume, loyal où je suis simplement ensorcelée par des émotions dont je me serais passée avec joie, éternel quand je ne suis qu’un grain de poussière dans l’ordre des choses. Il est tout et je suis son contraire. Le centre de mon monde étriqué quand je ne suis, sans doute, qu’un fardeau.
Marquée par l’immortel qu’il est, pour me protéger. Qui a-t-il gagné ? Un peu de mon humanité ? Ah, la belle affaire ! Qu’apporte l’humanité, si ce n’est un écoeurant sentiment de fragilité, une course contre le temps, le fabuleux pouvoir de mourir en un claquement de doigts ? Rien. 
Marquée en vertu d’une promesse qu’il se sentait tenu d’honorer, marquée car je suis la petite fille de, marquée parce qu’on a souhaité faire de moi un symbole.
Je veux plus que cela. Je veux être sa partenaire en toutes choses, avoir l’impression qu’il m’a choisie entre tous ceux plus dignes de cet honneur pour une bonne raison, n’importe laquelle. 

Mais Tomas n’a pas cela en tête. J’ai parfois la sensation qu’il se hait plus encore que je ne me déconsidère au fil des jours. J’ai souvent l’impression que ce sentiment que nous tournons vers nous-même nous détruira. Je vais emporter dans ma tombe la soif inassouvie que j’ai de lui, mes rêves de partage et d’échange, mes espoirs d’avenir. Figée dans le corps d’une adolescente aux portes de la vie d’adulte, mes aspirations futures condamnées à l’échec par la célébrité que m’a value l’écriture de l’histoire de Tomas, surveillée en permanence « pour ma protection »… 

J’ai tout ce que n’importe qui aurait voulu : la richesse, le métier de mes rêves, les soirées et la vie de la haute société sans être noble moi-même, un vampire prêt à me protéger… Aucun droit de me plaindre, n’est-il pas ? 
Pourtant, quand je regarde le désastre qu’est devenue ma vie, je ne vois pas cela. Je vois l’impossibilité de vivre sans un garde du corps. Je vois la distance qui s’installe entre Tomas et moi, enviant l’intimité que d’autres entretiennent avec leurs marqués. Je vois l’obligation de rester cloîtrée, tandis que mon maître pourvoie diligemment à ses devoirs. Je vois un amour à sens unique et tant d’autres choses encore. Je n’ai jamais su ce à quoi je m’engageais. Oserais-je le dire ? Quelque part en moi, j’en veux terriblement au vampire qui, lui, savait ce à quoi il me condamnait et qui à présent m’abandonne à l’univers de solitude qui est devenu le mien.



Novembre 2017


Et dire que la Révélation serait bientôt vieille de sept ans. Neuf ans à partager le quotidien d’un vampire que je côtoyais de moins en moins. Les devoirs envers sa Reine primaient sur tout le reste, y compris sa marquée inutile et pleine de rancœur, à qui il donnait pourtant son sang quand il le fallait. Mais même ce moment pourtant étrangement intime n’avait plus la même saveur. 
Pensive, j’observais la feuille blanche qui s’étalait devant moi. J’aurais voulu écrire quelque chose de nouveau. Quitte à subir la célébrité qui était devenue la mienne, autant l’entretenir avec des mots qui me rendraient un peu de mon estime de moi. 
Je traçais quelques lettres. Sans trop faire attention à ce que j’inscrivais sur le papier. 
Un regard à la fenêtre, sur le soleil radieux, me détourna de ma tâche. 
J’en avais assez d’attendre que ma vie se passe. Assez de laisser un autre choisir ce qui était le mieux pour moi après avoir décidé ce qu’il y avait de pire. Assez d’attendre qu’il me voie comme je le souhaitais. Assez de subir. 
Je voulais vivre, rire aux éclats, aimer à en perdre la tête, jouir de ce que Parys avait de meilleur, tenter plutôt que rêver. Et pour vivre… Je crois que j’ai trop vécu, finalement. Ce jour, cette fuite, c’était les prémices de ma fin, et je ne le savais même pas.

Novembre 2017 à mai 2018

Quelques heures, ou était-ce quelques jours plus tard, j’ai rencontré Lélio Dì Ruzzante, inspecteur de l’ULCM et membre de l’Assemblée Républicaine. Disons plutôt que Lélio a orchestré notre rencontre, de bout en bout.
C’est qu’il avait ses plans, qu’il me voyait comme une voie royale vers le cher marquis de Batz… Comme tout un chacun dans ce beau Royaume, du moins en avais-je l’impression. Mais tout ça, je ne le savais pas, et quand bien même, je n’aurais pas voulu le voir. J’avais désespérément besoin que quelqu’un me voit moi, que quelqu’un s’intéresse à Alice et non pas à la Marquée du chambellan de France.
C’est ce qu’il a prétendu faire, le cambion. Peut-être même qu’il le faisait vraiment, malgré ses plans plus secrets, après tout… Il l’a toujours soutenu. Et j’y ai cru, je crois… ? J’ai profité de sa chair bien vivante, perdu une virginité sauvegardée pour un autre depuis des lustres, comme une façon d’attirer l’attention de cet autre que j’aimais comme peut le faire la jeunesse : à la folie, sans limites.
Je croyais avoir trouvé un équilibre, je pensais pouvoir avancer un peu, malgré cet homme qui me bousculait dans mes certitudes et me forçait à lever le voile que je m’étais moi-même glissé sur le regard. Sauf que tout est allé de travers.

A qui la faute ?
A moi, pour avoir manqué du courage nécessaire pour avouer ce qu’il en était vraiment de mes sentiments à Tomas ?
A Tomas, d’avoir fait cette même erreur, et surtout d’avoir laissé la fureur le guider jusqu’à Lélio ?
Ou à Lélio, d’avoir voulu atteindre un autre à travers moi ?
J’aurais tendance à dire que chacun de nous y avait sans doute sa part de responsabilité… Mais pour le cambion, la sentence a très largement dépassé la faute. Après tout, il ne m’avait fait aucun mal, rien que je n’ai pas demandé, et son plus grand tort à mon égard n’était jamais que de m’avoir un peu menti. Ce que Tomas lui a fait, ce que le monstre qu’il dissimulait en lui a jugé bon d’infliger… C’était terrible, une erreur innommable, même si à présent, j’en vois aussi la beauté et le caractère inéluctable. Qu’espérer d’autre de deux cambions, finalement ?

Tomas s’est approprié Lélio, l’a contaminé de son Ardeur et a méthodiquement détruit une bonne partie de ce qu’il était. J’en ai été le témoin, trop souvent silencieux, aux prises avec la culpabilité, certes, mais très occupée à prétendre ignorer la profondeur du crime. J’ai assisté à ça, je nous ai regardé nous détruire sans mot dire. Jusqu’au jour où quelqu’un a eu la décence de relever toute l’horreur de la situation, en la personne d’un aëlhim dévoyé. Ça a blessé le marquis, évidemment. Mis Lélio dans une position plus délicate encore.
Moi, ça m’a achevée. Je me débattais déjà avec ma conscience après la Révélation, mais je ne changerais cet instant pour rien au monde, même en sachant que le sang allait couler. Les humains ont le droit de savoir ce qui marche parmi eux à la faveur de la nuit. Alors que ça… Je n’avais aucune justification, je détestais déjà cette mascarade tragique. Etre accusée de tous ces maux, devoir prendre mes responsabilités et celles des autres, c’était trop.
Naïve enfant que j’étais, j’ai cru que la mort serait une fin pour ce calvaire.
Je me suis plantée un couteau dans le corps en imaginant être soulagée.
Le truc fascinant, avec la mort, c’est que ce qui suit peut être très différent d’une personne à l’autre. Mais à votre avis, qu’advient-il d’une âme marquée par un cambion, qui se vautre dans la décadence avec une autre moitié de narakhe depuis des mois ?
Dis, tendre et cruelle à la fois, il n’y avait que Dis pour m’attendre. Et elle m’a accueillie au-delà du raisonnable.

Et Dis, toujours…

La douleur n’a pas duré, je songe, simplement étonnée de pouvoir songer encore. Les sensations que je ressens ne sont pas les mêmes que d’habitude. Je me sens… Différente. Il y a quelque chose d’anormal, quelque chose de changé, quelque chose que je perçois et qui m’a pourtant toujours échappé, quelque chose que je trouve pourtant familier. J’ouvre les yeux, le souffle court. Au dessus de moi, des yeux rouges, pétillants, et un espèce d’asiatique sur-maquillé qui explose de rire.
— J’y crois pas. La marquée de ce grand coincé de marquis qui vient nous rendre visite.
Il glousse de plus belle et disparaît sans autre forme de procès.
Et moi je reste là, à cligner des paupières frénétiquement, à me demander pourquoi je viens de rencontrer de trop près Nechtaàn, après toutes ces années à sagement écouter Tomas lorsqu’il me disait d’aller faire un tour, si d’aventure il devait traiter avec lui.
Je me sens trembler sans pouvoir m’en empêcher. Un corps, mais ce n’est pas le mien. Des sens que je ne connais pas. Une atmosphère différente, j’ai l’impression de baigner littéralement dans le pouvoir de Tomas ou Lélio… En infiniment plus intense.
J’ai besoin de vêtements, je songe, paniquée. Aussitôt pensé, aussitôt accompli. Je sursaute violemment quand une robe légère vient recouvrir mon corps. Le tissu couvre ce qu’il y a à couvrir, mais ce n’est certainement pas avec ça que j’aurais fait des apparitions publiques… Je me mets à rire nerveusement.
Un temps qui me paraît interminable.
Je me retrouve à genoux, les bras croisés sur mon abdomen alors que le rire se transforme peu à peu en sanglots longs, qui me laissent exténuée. Etait-ce à ce point trop demandé de disparaître simplement ?
Je me suis condamnée à une éternité de solitude.
Tomas est immortel, si du moins on ne le tue pas – ou il ne s’en charge pas tout seul. Lyséa fera sans doute en sorte de ne pas vieillir, comme sa tante. Lélio… Lélio ne voudra plus jamais me parler. Il ne me supportait déjà plus.
Une éternité.
Sans eux.
Je n’ai même plus de larmes pour pleurer, juste un vide infini qui habite mes pensées.

Dis est un drôle d’endroit. Je ne sais pas si c’est le lendemain, ou le surlendemain de mon arrivée, ou juste quelques heures après. Peut-être beaucoup plus. Le temps ne s’écoule pas normalement ici, je ne suis même pas sûre qu’il s’écoule tout court, à vrai dire. Ni jour, ni nuit, juste une ambiance qui reste toujours la même.
Sàbhail.
Le mot tourne en boucle sous mon crâne, sans que je ne sache ce que ça veut dire, pendant que je me rends jusqu’à ce qui ressemble presque à une habitation. Un hasardeux enchevêtrement de constructions qui semblent avoir fusionnées les uns avec les autres, dans une atmosphère un peu lourde, sans être pourtant étouffante. Je porte toujours la même robe.
J’arpente les lieux sans que personne n’y fasse vraiment attention. La plupart des gens ici ont un corps qui semble humain, même si autant de personnes aussi belles dans un seul lieu, ça me paraît improbable. Mais certaines… Créatures sont immatérielles, ou ce qui s’en rapproche le plus.
Sàbhail, j’entends crier derrière moi.
Je me retourne vivement, surprise, pressée d’avoir des réponses à des milliards de questions qui me parasitent.
Vous avez dit quoi ? je demande d’un ton vif.
Sàbhail… C’est pas comme ça que tu t’appelles ? J’ai mal lu la rune ?
Décalage étrange. J’ai l’impression de parler français – de penser en français – mais les sons qui franchissent ma bouche ont des consonances étrangères, râpeuses, anormales… Impossible à créer.
C’est pas possible. C’est pas possible.
Je crois que si j’étais humaine, je serais tombée dans les pommes.
Si j’étais humaine… C’est pas possible.
Par quelle ironie du sort, par tous les Sat’han de Dis, suis-je devenue l’une des leurs ?

Amaideach, le narakhe qui m’avait abordée, proposa de m’aider à me faire à mes nouveaux horizons.
Vous connaissez un narakhe altruiste ?
Hm ?
Voilà.
J’ai accepté, bêtement, alors il m’a filé les clés du guide des narakhes pour les nuls, et m’a ensuite forcée à lui rendre une bonne quantité de services jusqu’à considérer que nous étions quittes, la plupart consistant à aller porter des messages délicats à des êtres peu tolérants et patients qui aimaient taper sur le messager. La fois d’après, je ne me suis pas faite avoir aussi facilement. J’ai juste extrêmement mal négocié.
Et retour à la case départ, même si j’avais suffisamment bien travaillé pour qu’il ne m’arnaque pas totalement. Ça n’a pas duré longtemps. Et j’ai commencé à en avoir – déjà – marre d’être le bas de l’échelle alimentaire – encore une fois. Donc, j’ai négocié avec certains narakhes de mon Cercle pour qu’ils laissent échapper mon nom lorsqu’on les invoquait, non sans quelques bourdes occasionnelles, évidemment. Jusqu’au jour où ça a été mon tour.
Pour information, l’invocation n’est pas spécialement agréable, mais ça faisait tellement de bien de sortir de Dis. Même pour un monde que je ne connaissais pas. Celle que j’étais avant aurait négocié un contrat de rien du tout à l’avantage de ce gamin. Celle que j’étais maintenant fit en sorte de ruiner ses chances de s’en sortir. Méthodiquement.
Voyez. J’ai appris mes leçons. Le petit poisson s’était découvert des dents de requin. Seren a été mon premier. Le numéro un de ma rune. Je m’en souviendrais toujours. Je ne regretterais jamais.
Après ça, le temps – ou son équivalent distique – a passé. J’ai gagné quelques âmes et quelques contrats. Rien de bien grandiose, le début d’une vie différente à laquelle j’ai résisté au tout début de ce purgatoire et que j’embrasse à présent.
A quoi bon lutter ? Ma vie humaine m’a appris qu’au final, les innocents payent toujours. Soit leur passivité, et ce fut mon cas, soit les crimes des autres… De là à décider que la pureté avait quelque chose d’éminemment surfait… Choix rapide. Et puis quitte à faire, je fais payer de façon délicate et avec le sourire. Tout le monde est satisfait à la fin, surtout moi. Je suis une commerciale dans l’âme, que voulez-vous ? J’ai appris à jouer avec les mots si tôt que conclure des contrats m’est venu avec un certain naturel. Voyez comme la mort a ses côtés positifs : j’ai enfin trouvé quelque chose dans lequel j’étais douée de naissance. Renaissance, pardon. Autre que l’écriture à des fins récréatives… Ou d’adieux larmoyants et déchirants.
Ne vous y trompez pas. A me lire, j’imagine qu’on peut supposer que Alice Delaunay est bel et bien morte. Mais non. Il m’arrivait de verser des larmes sur ce que j’avais perdu. De regretter avec une rare cruauté les bras aimants de Tomas – et ceux de Lélio. Il m’arrivait de souhaiter revenir en arrière, vivre encore. Il m’arrivait de me sentir dramatiquement seule, surtout. J’étais toujours là, il y avait toujours en moi cette gamine un peu rêveuse et naïve, qui s’imaginait que si elle fermait les yeux suffisamment forts, le croque mitaine ferait demi-tour de lui-même.
Sauf qu’elle était bien dissimulée sous la narakhe qui avait été créée à partir de sa dépouille. J’étais plus apte à survivre, même si pour cela il avait fallu sacrifier une partie de ma douceur et de ma patience naturelle. Sàbhail … était un savant mélange de charme, de rêveries, et d’un pragmatisme à toutes épreuves, d’une absence de limite, d’une tendance à rire de tout et de rien, et ce à tort et à travers, d’un goût prononcé pour les victoires en tous genres. C’était Alice, en mieux.
Je me suis fait quelques connaissances. Et puis Lyséa m’a trouvée. Ma petite d’Harcourt, enfant prodige du clan de démoniste, a mis la main sur une amie disparue. Si je l’avais vue venir, celle-là.
C’est comme ça qu’Alice, Sàbhail, s’est retrouvée sur Chtonya pour la première fois depuis le début de son inépuisable existence de petit bébé narakhe.

Je m’étire laborieusement dans le cercle, à cligner des yeux. C’est d’un pénible, d’avoir sa propre carcasse à traîner d’un monde à l’autre. Je lisse mes cheveux roux d’une main délicate et lève le bout du nez en m’asseyant avec des gestes graciles de danseuse. L’apparence se travaille, et par tous les Sat’hans de Dis – et un en particulier, qui transpire tant la vanité que ça en devient contagieux – j’ai travaillé avec assiduité. Je sais que j’ai l’air aussi inoffensive que lorsque j’étais humaine.
Un petit truc adorable d’un mètre soixante-huit, avec de grands yeux bruns qui paraissent receler le secret de l’innocence.
Sauf que, contrairement à l’époque où j’étais une humaine tout ce qu’il y a de plus banale, ça n’est qu’une apparence. Le chaton a des jolies griffes, le poisson des quenottes, utilisez donc l’image qui vous plaira. Je ne suis toujours pas bien exigeante.
Et puis je me fige, le masque tombe quand je réalise où je suis et qui se trouve de l’autre côté de ce tas de runes qui m’emprisonne. Je mesure ma chance. Je suis enfin de retour.


❂ Pseudo : Sio
❂ Age : 24 ans
❂ Crédits : Sio

❂ Comment es-tu arrivé ici ? Je suis pas arrivée, j'ai aidé à créer les lieux. Voala
❂ Un truc à nous dire ? Je veux RP avec Alice 2.0 *-*
❂ Tu veux une sucette ? Plein, au coca svp

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MessageSujet: Re: Alice - a sheep among wolves   08.11.17 17:00

*lui donne une sucette*
Fais pas de manière ! :han:

*peigne sa crinière de licorne*
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Lélio dí Ruzzante

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MessageSujet: Re: Alice - a sheep among wolves   08.11.17 17:37

Je vais te faire des choses tellement sales, toi :moh:
(bonjour, bienvenue, tout ça. Tu veux ma grosse décadence? :look: )

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MessageSujet: Re: Alice - a sheep among wolves   08.11.17 22:10

On a donc la version mignonne avec Astrid (enfin, presque :mhh:) ... puis l'autre version avec Lélio :dare:
(Faudrait peut être voir à se rencontrer, avant, m'sieur Dí Ruzzante. Un petit peu de tenue !)
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Lélio dí Ruzzante

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MessageSujet: Re: Alice - a sheep among wolves   08.11.17 22:26

C'est prévu ma ptite, figure toi que j'ai 4h de train bientôt ( :dance: ) et qu'il est fort probable qu'un rp soit écrit durant ce laps de temps, juste pour tôa. :cuty:

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Alice - a sheep among wolves

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